Odeurs à La Bresse
Communiqué N° 4 La Bresse Environnement
Réponse de l’association La Bresse Environnement à la communication de la commune et ouverture de nouvelles problématiques essentielles.
L’association La Bresse Environnement prend acte de la publication de la commune relative aux nuisances olfactives persistantes sur les rives de la Moselotte. Elle souhaite toutefois apporter plusieurs précisions indispensables à une compréhension complète, loyale et sereine de la situation.
Sur la chronologie et le sens de notre intervention publique
Notre communiqué du 25 janvier n’avait pas pour objet de revendiquer l’organisation d’une réunion municipale ni d’en contester l’antériorité. Il répondait à une attente forte et durable de la population, confrontée depuis des mois à des nuisances récurrentes, et à un déficit de communication publique détaillée sur les résultats précis des investigations engagées.
Que la réunion du 26 janvier ait été programmée antérieurement ne change rien au fond de notre démarche : alerter, questionner et demander des garanties sur l’ouverture réelle du champ d’investigation et sur la transparence des données produites.
Sur les études de 2022 et 2024
L’association ne conteste ni l’existence ni l’utilité des études menées par ATMO Grand Est, Osmanthe et SEMACO Environnement. Elle constate toutefois que :
- les résultats détaillés, protocoles, limites méthodologiques et données brutes n’ont pas été intégralement portés à la connaissance du public ;
- plusieurs composés détectés (soufrés, hydrocarbures, solvants) demeurent sans lien causal clairement établi avec une source identifiée et démontrée ;
- l’absence de pollution avérée dans certains compartiments (eaux souterraines notamment) ne saurait, à elle seule, permettre d’écarter définitivement d’autres hypothèses.
Notre position n’est donc pas de nier ces études, mais de rappeler qu’elles ne permettent pas, à ce stade, de conclure de manière définitive.
Sur l’hypothèse dite « historique »
C’est ici que persiste notre principal point de vigilance.
Si la pollution historique des sols constitue une hypothèse de travail recevable, nous observons qu’elle tend, dans la communication institutionnelle, à occuper une place dominante, au risque de marginaliser d’autres pistes possibles : rejets contemporains diffus, dysfonctionnements intermittents, effets cumulés ou phénomènes encore insuffisamment explorés.
Notre inquiétude ne porte pas sur l’existence d’une hypothèse, mais sur le risque qu’elle devienne, de fait, un cadre explicatif privilégié avant même que l’ensemble des investigations complémentaires n’ait produit ses résultats.
Une contradiction scientifique majeure qui demeure non résolue
Un point central appelle une clarification essentielle.
Les études de 2022 et 2024 concluent explicitement à l’absence de pollution avérée des eaux souterraines, tout en avançant parallèlement l’hypothèse d’une remobilisation actuelle de composés soufrés anciens, issus de sols ou remblais historiques, qui se manifesteraient aujourd’hui dans la Moselotte.
Or, ces deux affirmations sont difficilement conciliables sur le plan scientifique.
Si des composés soufrés anciens, tels que le sulfure d’hydrogène, gaz bien connu pour son odeur caractéristique d’œuf pourri, ou d’autres composés soufrés fortement odorants, réapparaissent aujourd’hui dans la rivière, plusieurs mécanismes sont théoriquement envisageables :
- une infiltration depuis les sols vers les nappes phréatiques,
- une circulation via les eaux souterraines vers le cours d’eau,
- ou des échanges hydrauliques entre les sédiments, la nappe et la rivière.
Dans tous les cas, une telle dynamique impliquerait nécessairement l’existence d’indices mesurables, au moins transitoires, dans les eaux souterraines, que ce soit sous la forme de composés soufrés dissous, de sulfates, ou de paramètres chimiques révélant un milieu appauvri en oxygène, conditions connues pour favoriser la formation, la persistance et la migration de ces substances, ainsi que par d’éventuelles anomalies physico-chimiques.
Dès lors, affirmer simultanément :
- l’absence de pollution des eaux souterraines,
- et l’hypothèse d’une résurgence actuelle de polluants soufrés anciens par transfert hydrogéologique,
constitue une contradiction méthodologique qui n’est pas levée à ce stade.
Soit les eaux souterraines jouent un rôle dans le transfert de ces composés, auquel cas leur absence de contamination doit être réexaminée à l’aune de protocoles adaptés (temporalité, points de mesure, paramètres analysés) ;
soit elles ne jouent aucun rôle significatif, auquel cas l’hypothèse d’une remobilisation diffuse de pollutions historiques par infiltration perd une part substantielle de sa probabilité.
Cette incohérence apparente justifie pleinement la demande d’élargissement du champ d’investigation, d’accès aux données détaillées et de poursuite d’analyses contradictoires, avant toute hiérarchisation définitive des hypothèses explicatives.
Une lacune majeure : l’absence de contrôles ciblés des activités actuelles
Enfin, il convient de souligner un élément essentiel, jusqu’ici absent des investigations conduites :
aucun contrôle spécifique et systématique des entreprises actuellement en activité dans la vallée de la Moselotte n’a, à ce jour, été engagé ou rendu public dans le cadre de cette problématique d’odeurs.
Or, l’hypothèse privilégiée d’une pollution exclusivement historique repose implicitement sur l’idée que les activités contemporaines seraient, par principe, exemptes de toute responsabilité possible. Cette présomption n’a pourtant pas été étayée par des inspections ciblées, des contrôles inopinés, ni par des vérifications approfondies des rejets, stockages, procédés ou dysfonctionnements potentiels, y compris intermittents ou accidentels.
L’absence de tels contrôles crée un angle mort majeur dans la démarche d’investigation :
tant que les sources actuelles n’ont pas été examinées avec le même niveau d’exigence que les hypothèses historiques, aucune hiérarchisation crédible des causes ne peut être considérée comme scientifiquement ou méthodologiquement robuste.
Dès lors, la focalisation sur une pollution ancienne, conjuguée à l’absence de contrôles des activités présentes, contribue objectivement à rétrécir le champ des hypothèses, en contradiction avec les principes de précaution, de rigueur scientifique et d’exhaustivité qui devraient prévaloir dans un dossier touchant directement à la santé publique et au cadre de vie des habitants.
Une vigilance indispensable concernant l’eau destinée à la consommation humaine
Au-delà des nuisances olfactives, la situation impose une vigilance particulière concernant la ressource en eau destinée à la consommation humaine, au regard des obligations qui découlent du Code de la santé publique et du principe de précaution.
Le principal captage alimentant environ 80 % de la population de La Bresse est situé à proximité immédiate de la Moselotte, dans un secteur où l’origine exacte des pollutions suspectées n’est, à ce stade, ni formellement identifiée ni définitivement exclue. Or, conformément aux articles L.1321-1 et suivants du Code de la santé publique, la protection de l’eau potable repose non seulement sur le respect de normes de qualité, mais également sur la prévention de toute situation susceptible d’altérer la ressource, y compris en amont du captage.
Ce captage se trouve par ailleurs au sein d’une zone de protection rapprochée, définie par arrêté préfectoral, dont la vocation première est précisément de prévenir les risques de contamination accidentelle ou diffuse. Dans cette zone sensible, un parking temporaire d’environ 400 places est exploité depuis de nombreuses années, chaque saison hivernale, pour accueillir les véhicules des usagers de la station de ski. Cette situation, signalée dès 2014–2015 aux autorités administratives et judiciaires, ne s’est jamais interrompue et se reproduit de manière récurrente.
Dans un contexte caractérisé par :
- la persistance de nuisances olfactives d’origine non élucidée,
- la proximité immédiate du captage principal d’eau potable,
- la nature des sols granitiques favorisant des transferts rapides vers les eaux souterraines,
- et l’absence d’exclusion formelle de certaines hypothèses de pollution,
le principe de précaution, consacré notamment à l’article L.110-1 du Code de l’environnement et pleinement applicable en matière de santé publique, impose que la protection de la ressource en eau soit intégrée explicitement au champ des investigations.
Il apparaît dès lors indispensable que les démarches engagées prennent en compte, de manière explicite et documentée, la sécurité sanitaire de l’alimentation en eau potable, tant par des contrôles ciblés que par une communication complète et transparente des analyses réalisées, afin d’apporter aux habitants de La Bresse les garanties auxquelles ils sont légitimement en droit de prétendre.
Une lettre recommandée avec AR reprenant les éléments ci-dessus vient d’être adressée à Monsieur le Préfet des Vosges et à Monsieur le Directeur Général de L’Agence Régionale de Santé (ARS). Elle vise un objectif unique : la protection durable de la santé des habitants et de la ressource en eau.
Sur l’élargissement réel du champ d’investigation
Nous prenons acte des annonces relatives à de nouvelles investigations. Nous serons particulièrement attentifs à ce que :
- toutes les hypothèses demeurent ouvertes jusqu’à des conclusions étayées et contradictoires ;
- les résultats intermédiaires et finaux soient rendus publics de manière complète et intelligible, ce qui n’est toujours pas le cas en dépit de nos demandes;
- les associations et les habitants soient associés autrement que par une simple information descendante.
La confiance ne se décrète pas : elle se construit par la clarté, la traçabilité des décisions et l’accès effectif aux données.
Une exigence commune : santé publique et transparence
Contrairement à ce qui est suggéré, notre démarche ne vise ni à opposer les acteurs ni à mettre en cause a priori les institutions. Elle s’inscrit pleinement dans les principes de précaution, de santé publique et de démocratie environnementale, qui fondent l’action publique comme l’engagement associatif.
Nous partageons l’objectif d’une résolution durable des nuisances. Mais celle-ci ne pourra être atteinte que par une investigation réellement exhaustive, une communication sans angles morts et une reconnaissance du droit légitime des habitants à comprendre ce qui affecte leur cadre de vie et peut-être leur santé.
La Bresse Environnement continuera donc à exercer son rôle : observer, questionner, analyser et contribuer, avec rigueur et indépendance, à l’intérêt général.
Le 05 février 2026
La Bresse Environnement


















