Mais Doukçapudonktani, à La Bresse ?
(Chronique d’un air qui prend la parole)
Mais Doukçapudonktan, à La Bresse ?
La question claque comme une porte qu’on ouvre trop vite… et qu’on referme aussitôt. Parce que non, décidément, ce n’est pas l’odeur du sapin. Ce n’est pas non plus celle de la myrtille, ni même celle du foin fraîchement coupé. Non. C’est autre chose. Un parfum qui ne figure dans aucun guide touristique, mais qui s’impose pourtant, sans badge ni invitation.
À La Bresse, l’air a pris la parole. Et il n’est pas franchement lyrique.
Une station qui sent la montagne… mais pas seulement
Officiellement, tout va bien. L’air circule, la vallée respire, la communication rassure. Officieusement, le nez, lui, n’a pas reçu la note de service. Il persiste à détecter des effluves bizarres, parfois tenaces, parfois fugaces, mais toujours suffisamment présentes pour déclencher cette réflexion intime :
« Tiens… ce n’est pas normal. »
Et comme toujours dans ces cas-là, on explique. On rassure. On contextualise. On invoque le passé, la météo, les sols, les souvenirs industriels, voire l’imagination collective. Bref, tout sauf une cause actuelle, tangible, vérifiable. L’odeur, elle, continue tranquillement sa carrière.
La voiture, cette poétesse incomprise
Et puis il y a l’autre parfum, beaucoup moins mystérieux celui-là : l’odeur d’échappement. Une valeur sûre. Un classique. Un incontournable de la modernité heureuse.
Car La Bresse, ce n’est pas seulement une vallée : c’est aussi un vaste rond-point à ciel ouvert. Ça monte, ça descend, ça traverse, ça stationne moteur tournant. SUV, utilitaires, cars, files compactes en période touristique… Un ballet motorisé dont la contribution olfactive est tout sauf discrète.
Les gaz d’échappement, eux, ne demandent aucune expertise sensorielle : ils piquent le nez, ils grattent la gorge, ils s’installent dans l’air comme un rappel obstiné que la montagne n’annule pas les lois de la pollution atmosphérique. Même ici. Surtout ici, parfois.
Quand l’odeur devient un sport de combat
Le plus fascinant n’est pas l’odeur elle-même. C’est ce qu’elle déclenche.
D’un côté, des habitants qui sentent, constatent, s’interrogent.
De l’autre, une valse d’explications où l’on explique beaucoup… sans jamais chercher à comprendre, encore moins à agir.
L’odeur devient alors un sujet glissant. Trop imprécis pour déranger. Trop subjectif pour être traité sérieusement. Et pourtant suffisamment présent pour revenir, encore et encore, comme une mauvaise blague qu’on refuse de comprendre.
Respirer, mais pas trop poser de questions
À La Bresse, on peut parler de tout. Du tourisme, de l’attractivité, du dynamisme, des projets d’avenir. Mais parler de l’air ? De ce qu’on respire ? Là, soudain, le sujet devient sensible. Comme si l’odeur était une impolitesse, une faute de goût, presque une atteinte à l’image.
Or l’air n’a pas de service communication. Il ne ment pas. Il passe. Il s’impose. Il entre dans les maisons, les poumons, les conversations.
Conclusion provisoire (car l’odeur, elle, persiste)
Mais Doukçapudonktan, à La Bresse ?
Probablement un mélange. D’activités, de choix, de circulations, d’habitudes. Un cocktail que personne n’a vraiment commandé, mais que tout le monde finit par respirer.
On peut en rire. On peut hausser les épaules.
Mais au pays des sapins, on devrait pouvoir respirer sans s’interroger.
Et quand l’air interroge, il est temps, au minimum, d’écouter ce qu’il a à dire.
Et l’air, décidément, a beaucoup de choses à dire.
Le 31/01/2026
Dominique HUMBERT-BERETTI Alias GRACCHUS
i– Adaptation libre tirée de « Zazie dans le métro » de Raymond Queneau




















